Respectons le passé, mais...

« Ne vas-tu pas suivre les traces de tes prédécesseurs ? Je vais certes emprunter l'ancien chemin, mais si je trouve un itinéraire plus court et plus facile, j'ouvrirai une nouvelle voie. Ceux qui ont ouvert ces chemins ne sont pas nos maîtres, mais nos guides. La vérité est accessible à tous, elle n'est pas monopolisée. »
— Sénèque, Lettres morales, 33.11
Les traditions sont souvent des méthodes éprouvées qui ont fait leurs preuves au fil du temps. Elles constituent un précieux héritage, une somme d'expériences dont nous pouvons tirer profit. Mais respecter la tradition ne signifie pas nécessairement lui obéir aveuglément.
N'oublions pas que les idées que nous considérons aujourd'hui comme conservatrices ont, elles aussi, un jour été nouvelles, audacieuses, voire controversées. Ce qui nous paraît évident aujourd'hui a souvent commencé par une idée qui dérangeait les habitudes et remettait en question les certitudes établies. C'est pourquoi nous ne devrions jamais avoir peur d'examiner de nouvelles idées ni d'expérimenter de nouvelles façons de penser.
Sénèque lui-même n'a pas simplement répété Zénon ou Cléanthe. Il a reçu leur enseignement, l'a étudié, l'a confronté à sa propre expérience et l'a enrichi de sa réflexion. Il a marché dans leurs traces, certes, mais il n'a pas hésité à emprunter une autre voie lorsqu'il croyait en avoir trouvé une meilleure.

Il peut en être de même pour nous. Une avancée en psychologie peut nous permettre de mieux comprendre certains mécanismes que les stoïciens avaient entrevus il y a deux mille ans. Une découverte scientifique peut éclairer autrement une idée de Sénèque ou de Marc Aurèle. Et notre propre expérience peut parfois nous conduire à remettre en question une conception que nous avions jusque-là tenue pour acquise.
Si une idée est plus juste, plus féconde ou mieux adaptée à notre réalité, pourquoi refuserions-nous de l'adopter simplement parce qu'elle est nouvelle ? Le stoïcisme n'est pas un musée où nous devrions conserver religieusement des pensées vieilles de deux millénaires. C'est une philosophie vivante, dont nous avons la responsabilité de poursuivre le travail.
Les anciens ne sont pas nos maîtres au sens où nous leur devrions une obéissance absolue. Ils sont nos guides. Ils nous montrent des chemins qu'ils ont eux-mêmes parcourus. À nous de les emprunter, de les comprendre, de les éprouver et, lorsque cela nous paraît nécessaire, d'en ouvrir de nouveaux. Il faut donc prendre le temps de retourner nos postulats philosophiques dans tous les sens, de les confronter à notre époque, à nos connaissances et, surtout, à notre propre expérience.
C'est aussi cela, le travail de l'apprenti-stoïcien : recevoir un héritage sans devenir prisonnier de celui-ci.
Respecter le passé, oui. Mais rester suffisamment libre pour continuer à avancer.
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic du 25 août.






Je résumerais ce billet comme ceci : l'ouverture d'esprit.
Ouverture d'esprit qui est devenue nécessaire pour s'adapter au monde d'aujourd'hui.
Et les forces vives du passé sont là pour nous aider à y parvenir.
Pensée à ne jamais oublier !
Merci Luc. La sagesse émerge à la lecture de chaque texte de ton blogue. Ça fait un grand bien !
Lili :-))