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Le pouvoir corrompt.

Photo du rédacteur: Luc Thibert
Luc Thibert
30 août
2 min de lecture

« Prends garde de te laisser "césariser", de te teindre en pourpre*. Cela arrive en effet. Conserve-toi donc simple, bon, pur, sérieux, sans fard, ami de la justice, bienveillant, affectueux, ferme dans l'accomplissement de tes devoirs. »

 

          -Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, 6-30

 


À l’évidence, Marc Aurèle était un homme de bien. On lui avait confié un pouvoir presque illimité et, chose rare, il s’est montré digne de ce pouvoir. C’est là que je voudrais insister. L’empereur philosophe s’est montré digne de sa renommée, de sa richesse et, surtout, des immenses responsabilités qui lui incombaient. Mais il demeure une exception. Car le pouvoir, lorsqu’il devient absolu, a cette étrange capacité de transformer celui qui le détient. Il suffit parfois d’être entouré d’adulateurs, de n’avoir plus personne pour nous contredire et de voir le moindre de nos désirs exaucé pour que la frontière entre le pouvoir et l’abus commence à s’effacer.


Marc Aurèle était tempéré par la philosophie. Sans elle, qui sait s’il n’aurait pas pu devenir, lui aussi, un oppresseur de la lignée des Néron et des Caligula? Les Pères fondateurs américains avaient compris cette fragilité humaine. Lorsqu’ils ont conçu leur Constitution, ils ont cherché à ne pas dépendre uniquement de la vertu de ceux qui exerceraient le pouvoir. Ils ont établi des freins et des contrepoids, séparé les pouvoirs et créé des mécanismes de responsabilité et de destitution. Ils savaient une chose essentielle : la vertu compte, mais elle ne suffit pas. Parce que la plupart des gens ne sont pas Marc Aurèle. Nous non plus, d’ailleurs.


Voilà pourquoi nous avons besoin, dans nos propres vies, de quelques contrepoids. Dans nos entreprises, dans nos responsabilités, dans nos relations et même dans nos ambitions, nous avons besoin de personnes capables de nous dire la vérité. De gens qui osent nous contredire. Qui nous obligent à rendre des comptes. Qui, parfois, nous tendent simplement un miroir. Car nous ne sommes pas parfaits.


Nous risquons tous, un jour ou l’autre, de nous laisser « teindre en pourpre », comme le disait Marc Aurèle. De nous habituer aux privilèges, aux compliments, au pouvoir de décider. De finir par croire que ce qui nous est dû est plus grand que ce qui nous est réellement dû. Nous avons besoin de limites. Nous avons besoin de contraintes. Nous avons besoin de philosophie. Nous avons besoin de responsabilité. Non pas parce que nous sommes mauvais. Mais parce que nous sommes humains.


Et peut-être est-ce là l’une des grandes leçons du stoïcisme : ne jamais avoir assez confiance en soi pour croire que l’on est à l’abri de la corruption du pouvoir. Même lorsque ce pouvoir est minuscule. Même lorsqu’il ne s’exerce que sur notre propre existence. Car le véritable pouvoir n’est pas de pouvoir tout faire. C’est de demeurer maître de soi lorsque l’on pourrait tout se permettre.


*Le pourpre symbolisait le manteau impérial et, plus largement, les honneurs associés au pouvoir. Pour Marc Aurèle, se « teindre en pourpre », c’est risquer de laisser ces honneurs transformer et corrompre son âme.


Luc Thibert

Inspiré du Daily Stoic du 15 juillet.

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