Le poids de nos opinions.
- Luc Thibert

- 28 juin
- 2 min de lecture
«Qu'est-ce que la malchance ? Que sont les conflits, les disputes, les reproches, les accusations, l'irrévérence et la frivolité ? Ce sont des opinions, et plus encore, ce sont des opinions qui échappent à notre propre choix raisonné, présentées comme si elles étaient bonnes ou mauvaises. Qu'une personne limite ses opinions à ce qui relève de son propre choix, et je vous garantis qu'elle trouvera la paix de l'esprit, quoi qu'il se passe autour d'elle.»
-Épictète, Discours, 3.3.18b-19
Une opinion. Tout le monde en possède une sur la plupart des sujets d’actualité. Arrêtons-nous un instant et réfléchissons à toutes celles que nous entretenons : sur le fait de savoir si la météo du jour est agréable ou non, sur ce que croient les libéraux ou les conservateurs, sur la pertinence d’une remarque lancée par untel, sur la décision de notre voisin de changer la couleur de sa maison, et ainsi de suite. La liste serait interminable.

Nous observons constamment le monde qui nous entoure et y superposons nos opinions et nos jugements. Pourtant, ceux-ci sont souvent façonnés par les acquis de notre passé, eux-mêmes imprégnés de divers dogmes — culturels, religieux ou autres —, mais aussi par nos attentes, nos habitudes, nos droits (présumés) acquis et, parfois, par notre ignorance.
Pas étonnant que nous nous sentions si souvent contrariés ou en colère de nos jours.
Mais que se passerait-il si nous apprenions, de temps à autre, à mettre ces opinions de côté?
Sans chercher à les éliminer complètement — ce qui serait pratiquement impossible —, mais au moins à les limiter afin que les choses puissent simplement être ce qu’elles sont : ni bonnes ni mauvaises, sans être constamment teintées de jugements. Juste être ce qu’elles sont.
C’est un exercice difficile, n’est-ce pas ?
Constater un fait sans immédiatement porter un jugement ou y greffer une opinion est une manœuvre de haute voltige intellectuelle, bien plus ardue qu’on ne le croit. Pourtant, grâce à un esprit rigoureusement entraîné, plusieurs stoïciens semblaient capables d’accomplir ce tour de force au quotidien.
Faire le tri parmi toutes les informations sur lesquelles nous n’avons nul besoin d’avoir une opinion serait peut-être déjà un excellent début.
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic du 18 avril.






J'avais hâte de lire ta réponse. Elle me satisfait amplement ! Et elle est juste et claire. Merci !! Ma personnalité a bien besoin de ce recul. Je connais l'effet malfaisant de la «boucle».
C'est curieux. La lecture de ce billet provoque en moi un malaise.
Ah, je vois ce qui m'arrive : les philosophie ne nous apprend-t-elle pas justement à développer notre sens de l'analyse, à apprendre à débattre, à exercer notre jugement, à pratiquer notre esprit critique ?
Je saisis la nuance que les stoïciens apportent. Se dégager la tête. Se détacher de toutes ces choses et ces mots qui finissent par nous envahir, nous étourdire, nous faire perdre notre précieux temps.
Me voilà confuse, encore une fois ! Assise entre deux chaises.
Pas grave !
Merci pour cette réflexion, Luc. Et bonne semaine d'été (enfin!). :-)