La dignité malgré l’adversité.
- Luc Thibert

- 26 juil.
- 2 min de lecture
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. »
— Épictète, Manuel, V
Tous ceux qui se sont intéressés à la vie des principaux stoïciens savent qu’Épictète est né esclave et qu’il a passé les trente premières années de son existence sous cette pénible condition. À la manière romaine, cela signifiait qu’il était considéré comme un simple bien, sans aucun droit, et qu’il pouvait être maltraité, voire tué, sans conséquence juridique. On ne lui avait même pas donné de véritable nom : « Épictète » signifie simplement « celui qui a été acquis ». Il semble qu’il ait été torturé et que, lorsqu’il retrouva enfin sa liberté, il fut presque aussitôt exilé par un empereur tyrannique.

Vous vous souvenez peut-être dans Les Misérables de Victor Hugo, lorsque Fantine chante que le rêve qu’elle avait connu était bien différent de l’enfer qu’elle vivait. C’était, en quelque sorte, l’histoire d’Épictète. Il fut traité comme un animal, destiné à être utilisé jusqu’à l’épuisement, puis jeté au rebut.
Compte tenu de ce qu’il avait enduré, ses écrits et sa philosophie auraient pu — et peut-être même dû — être beaucoup plus sombres. Il avait toutes les raisons d’être amer. Toutes les raisons d’être en colère. Toutes les raisons de sombrer dans le nihilisme. Après tout, le monde qu’il avait connu était cruel.
Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, Épictète était, selon toute vraisemblance, un homme enjoué, parfois même drôle. Il devint une source d’inspiration en développant une remarquable force intérieure.
La principale raison pour laquelle ses épreuves ne l’ont pas brisé tenait à une idée stoïcienne d’une grande simplicité : la clé de la vie n’est pas de souhaiter que les choses soient différentes, mais d’apprendre à accueillir la réalité telle qu’elle est. D’être reconnaissant d’être encore vivant malgré le destin qui était le sien. De chercher à devenir la meilleure version de soi-même au cœur même de l’adversité.
Si quelqu’un avait une raison légitime d’abandonner, de devenir cynique ou de haïr le monde, c’était bien lui. Pourtant, il fit un autre choix. Il détourna son esprit du ressentiment pour le tourner vers la dignité intérieure.
Nous pouvons, nous aussi, faire ce choix. Peu importe ce que nous traversons, il nous reste toujours un certain pouvoir : celui de répondre avec vertu, avec humour, avec grâce, et de tenter d’extraire une parcelle de lumière de ce qui nous éprouve.
Nous pouvons, nous aussi, faire ce choix...
C’est peut-être cela, la plus belle définition de la liberté.
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic (newsletter) du 7 juillet.






Oh wow ! Que c'est beau, cette vision de la liberté. Je me souviens d'une rencontre avec Pierre Bourgault ; il disait : «la parole, c'est la liberté ! Je frissonne aujourd'hui de la même manière qu'au moment des Paroles de Bourgault. Et c'est LE mot de notre époque. LE mot à mettre devant toutes choses.
Pour ce qui est de cette force intérieure, j'y travaille quotidiennement ces temps-ci. J'ai appris que je devrai subir une chirurgie difficile, souffrante. Et 3 autres dans les 2 prochaines années. Je me prépare donc à l'avance (réf. à un autre de tes billets, Luc) pour réussir à passer au travers de la douleur à 10 sur 10....
Très belle histoire. Très belle finale.…