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La force d’assumer sa peine.

  • Photo du rédacteur: Luc Thibert
    Luc Thibert
  • 21 juin
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 juin

« Les larmes ne sont pas interdites, mais qu'elles aient une mesure. »


— Sénèque, Consolation à Marcia


Dans la vie moderne, nous souhaitons que nos dirigeants fassent preuve de force et de résilience. Nous attendons aussi de nos mentors qu'ils demeurent solides face à l'adversité. Nous avons besoin de modèles sur lesquels nous appuyer, de personnes capables de traverser les épreuves sans se laisser constamment submerger.


Nous n'attendons pas d'eux qu'ils se plaignent sans cesse sans chercher à améliorer leur situation, ni qu'ils soient entièrement dominés par leurs émotions, quelles que soient les circonstances. Lorsque nous qualifions quelqu'un de « bon stoïcien », nous sous-entendons souvent qu'il ne fait rien de tout cela. Nous l'imaginons comme un modèle absolu de discipline et de maîtrise de soi, quelqu'un qui aurait dépassé les fragilités ordinaires de la condition humaine.



Pourtant, comme nous l'avons déjà évoqué dans un précédent billet, même Marc Aurèle n'aurait probablement pas répondu à un tel idéal. Plusieurs récits le décrivent profondément attristé par certaines situations, parfois même en larmes. Cela signifie-t-il qu'il était faible ? Qu'il manquait de maîtrise ? Bien sûr que non. Cela signifie simplement qu'il était humain. Cela signifie aussi qu'il n'éprouvait pas le besoin de refouler sa peine pour préserver l'image qu'il projetait.


Il n'y a rien de mal à évacuer un trop-plein d'émotions en pleurant de temps à autre ; s'abandonner durablement à l'apitoiement sur soi-même est une tout autre chose. Il n'y a rien de mal à se sentir dépassé ; laisser ce sentiment nous empêcher d'agir par la suite est une tout autre chose. Il n'y a rien de mal à verser des larmes lorsque la douleur nous submerge ; renoncer à vivre en est une autre.


Les stoïciens étaient des êtres humains. Les grandes femmes et les grands hommes de l'histoire l'étaient aussi. S'ils avaient été de pierre, qu'y aurait-il eu à admirer ? Quel courage auraient-ils eu à démontrer ? Quelle discipline leur aurait été nécessaire ?


Leur force ne venait pas d'une absence d'émotions. Elle résidait plutôt dans leur capacité à ne pas perdre de vue l'essentiel. Même lorsque leurs émotions les ébranlaient, ils demeuraient fidèles à leurs valeurs, à leurs responsabilités et à ce qu'ils jugeaient juste d'accomplir.


Voilà un rappel précieux à garder en mémoire lorsque de tels moments surviennent.


Luc Thibert

Inspiré du Daily Stoic (newsletter) du 24 juillet.

2 commentaires


Lili Côté
Lili Côté
22 juin

Je lis ici une capacité à fournir l'effort qu'il nous faut pour continuer, malgré tout.

Se donner un coup de pied au cul.

Se propulser vers la beauté.

Faire un pas de côté pour y voir autre chose que notre tristesse.

Prendre du recul.

Regarder les événements de loin. En longue focale.

Connaître l'armure. Manier le bouclier.

Pratiquer le judo de l'esprit.


Merci Luc. Ce billet me concerne personnellement. Il m'inspire.

Bonne semaine !


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Luc
Luc
25 juin
En réponse à

Salut Lili.


J'aime particulièrement ton énoncé : « se propulser vers la beauté ». Il évoque bien cette capacité que nous possédons parfois de détourner doucement notre regard de la souffrance, non pas pour la nier, mais pour lui redonner sa juste place. Tu dois aujourd'hui être rendue maître dans cet aspect de la vie


Tu as également raison de parler de recul et de longue focale. Lorsqu'on est au cœur d'une épreuve, celle-ci occupe tout le paysage. Avec le temps, elle demeure présente, mais elle cesse d'être l'unique élément du tableau.


Quant au « judo de l'esprit », l'image est magnifique. Peut-être est-ce là l'une des plus grandes leçons du stoïcisme : ne pas lutter contre ce qui est…


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