Habiter la douleur.
- Luc Thibert

- 11 janv.
- 2 min de lecture
« Chaque fois que vous souffrez, gardez à l'esprit qu'il n'y a pas lieu d'en avoir honte et que cela ne peut ni dégrader votre faculté de discernement, ni l'empêcher d'agir rationnellement et pour le bien commun. »
— Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VII, 64
La douleur peut s’imposer sans prévenir et s’installer sans demander la permission. Parfois passagère, parfois persistante, elle transforme le rapport au corps, au temps et au monde. Lorsqu’elle devient chronique, elle n’est plus un épisode : elle devient une présence avec laquelle il faut apprendre à vivre, jour après jour, sans mode d’emploi.

En 1925, à l’âge de dix-huit ans, Frida Kahlo fut victime d’un grave accident d’autobus à Mexico. Son corps profondément meurtri — colonne vertébrale, bassin, côtes, jambe et pied fracturés — l’obligea à vivre avec des douleurs constantes jusqu’à la fin de sa vie. Elle ne vainquit pas cette souffrance, et elle ne la dépassa pas toujours. Elle fit ce qu’elle put, avec ce qu’elle avait, là où elle se trouvait.
Alitée dans un corset de plâtre, Frida commença à peindre. Non pour effacer la douleur ni pour lui donner une valeur héroïque, mais pour lui permettre d’exister autrement. Ses œuvres parlent du corps blessé, des limites imposées par la souffrance, de la fatigue, mais aussi d’une étonnante vitalité. « Je peins ma réalité », écrivait-elle — une réalité parfois lourde, parfois lumineuse, toujours vraie.
Les tableaux nés de cette épreuve sont devenus des repères universels, non parce qu’ils font de la douleur un idéal, mais parce qu’ils montrent qu’il est possible de rester profondément humain, sensible et digne, même lorsque le corps fait mal. Ce témoignage n’a rien d’un modèle à suivre : chacun vit la douleur selon son histoire, ses forces, ses fragilités et les ressources dont il dispose.
La douleur fait partie de la condition humaine, mais elle ne se vit jamais de la même manière. Elle ne définit pas entièrement une personne, même lorsqu’elle occupe beaucoup d’espace. Il n’existe aucune obligation d’en tirer une leçon, une force ou une transformation. Parfois, continuer à avancer, simplement, est déjà un acte immense.
La douleur n’est ni une faute, ni un échec, ni un manque de courage. Elle n’enlève rien à la valeur d’une vie. Comme le rappelaient les anciens, rien n’est figé pour toujours — mais lorsque la souffrance persiste, il demeure toujours quelque chose d’intact : la dignité de celui ou celle qui, chaque jour, cherche à habiter sa vie le mieux possible, à son rythme, avec bienveillance envers soi-même.
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic du 18 septembre






Flûte alors ! Ce billet me parle directement, comme s'il avait été écrit pour moi. Il y a des mots ( ni une faute, ni un échec, ni un manque de courage ) qui me valent plusieurs séances de thérapie. Je me sens toujours coupable de souffrir, surtout quand les gens, en me voyant, me disent que j'ai l'air en pleine forme....
Une bonne nouvelle : j'ai repris goût à entretenir la maison. Un peu aussi à cuisiner. C'est déjà ça de pris. Je ne lâche jamais. Un jour, je retrouverai l'envie d'écrire.
Un grand merci, Luc.
Bonne semaine !