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Les larmes de l’empereur.

  • Photo du rédacteur: Luc Thibert
    Luc Thibert
  • 5 avr.
  • 2 min de lecture

« Ne méprise pas la mort, mais accueille-la avec sérénité, comme une des choses que veut la nature. »

-Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.


Dans ses écrits, Marc Aurèle ne cache jamais sa sensibilité. Cette citation, loin de trahir une froideur de pierre, révèle plutôt un homme qui connaît la peine, qui sait ce qu’il en coûte d’accepter les pertes et qui choisit, malgré tout, la sérénité. On n’invite pas à accueillir la mort si l’on n’a jamais senti son poids.



Parce qu’il fut un chef d’État puissant, un guerrier, un homme d’une intelligence remarquable, on pourrait croire que la plupart des anecdotes conservées à son sujet ne font qu’illustrer ces traits de caractère : Marc Aurèle chargeant courageusement sur le champ de bataille, l’esprit vif de Marc Aurèle, la sagesse politique de Marc Aurèle. Certes, plusieurs épisodes de sa vie témoignent de ces vertus. Mais il existe aussi un nombre surprenant de récits où l’on découvre un homme en larmes.


Vers la fin de sa vie, dit-on, l’empereur se retrouva bouleversé après avoir lu une lettre l’informant qu’un terrible tremblement de terre avait ravagé la ville de Smyrne. Ses larmes auraient imprégné le parchemin tandis qu’il lisait ces mots : « Smyrne est désormais un désert balayé par les vents d’ouest. » Il ne pleurait pas par apitoiement, mais par tristesse, par amour et par compassion. Et de ces élans-là, le stoïcisme ne dispense personne.


Le stéréotype du stoïcien insensible ne résiste pas longtemps à la réalité. La liste des victimes de la peste, la mort d’un proche, l’énormité du fardeau impérial — tout cela pouvait l’atteindre. Les stoïciens n’étaient pas des êtres coupés de leurs émotions. Ils étaient des hommes et des femmes capables de ressentir pleinement, mais aussi d’intégrer leurs émotions, en prenant soin de ne pas s’y noyer.


Ils ne refoulaient pas leurs larmes ; ils les traversaient. Puis ils continuaient à accomplir leur devoir. C’est peut-être ça, la véritable force.


Et au final, chacun d’entre nous en est aussi capable.



Luc Thibert

Inspiré du Daily Stoic du 28 mars.

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