Choisir l’état d'esprit approprié.
- Luc Thibert

- 22 févr.
- 2 min de lecture
«Formulez vos pensées ainsi : vous êtes une personne âgée, vous ne vous laisserez plus asservir par cela, vous ne vous laisserez plus manipuler comme une marionnette par chaque impulsion, et vous cesserez de vous plaindre de votre situation actuelle ou de redouter l'avenir.»
-Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, 2.2

Nous en voulons spontanément à la personne qui entre dans notre espace et tente de nous donner des ordres. Cela heurte notre sentiment d’indépendance. Nous nous percevons comme des êtres autonomes, libres de leurs choix, maîtres de leur trajectoire. Du moins, c’est ainsi que nous aimons nous définir.
Pourtant, dans le quotidien, cette souveraineté se fissure à la moindre occasion. Quelqu’un exprime une opinion contraire à la nôtre ? Une tension monte aussitôt, et nous ressentons l’irrésistible besoin de répliquer, parfois sans même écouter jusqu’au bout. Une assiette de biscuits trône sur la table ? Nous savons très bien que nous n’avons pas faim, mais la main se tend quand même. Un automobiliste conduit de façon imprudente, et la colère surgit avant même que la raison ait le temps d’intervenir. Un courriel nous irrite, une remarque nous blesse, une nouvelle nous inquiète — et nous voilà happés, emportés, ballotés.
À l’inverse, lorsqu’un compliment survient ou qu’une bonne nouvelle se présente, nous voilà exaltés, projetés vers le désir d’en avoir davantage, comme si le bonheur devait absolument se prolonger, se répéter, se sécuriser sans fin. Nous passons ainsi d’un état à l’autre, souvent sans transition, comme si notre paix intérieure dépendait entièrement de nos émotions.
Ce qui est frappant, c’est que nous ne tolérerions jamais qu’un autre être humain nous mène de la sorte. Nous refuserions d’être dirigés, manipulés, tirés dans tous les sens comme une vulgaire marionnette. Pourtant, nous acceptons docilement que nos impulsions fassent exactement la même chose. Nous leur cédons les commandes, encore et encore.
Le stoïcisme nous invite à un renversement subtil mais décisif : reprendre notre place. Non pas en étouffant les émotions, mais en cessant de leur obéir aveuglément. Entre l’événement et notre réaction, il existe un espace — parfois minuscule, mais bien réel — où réside notre liberté. C’est là que se joue notre indépendance véritable.
Choisir l’état d’esprit approprié, ce n’est pas devenir insensible. C’est refuser d’être un pantin. C’est accepter que les choses arrivent, tout en demeurant maître de la manière dont nous leur répondons. Et, avec le temps, cette vigilance tranquille devient une seconde nature : une forme de maturité intérieure, celle que Marc Aurèle associait à la sagesse de l’âge — peu importe le nombre d’années inscrites sur notre calendrier.
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic du 2 février.






Tiens, un beau lien avec le billet de dimanche dernier.
Ce tout petit espace qui existe entre un événement et notre réaction, n'est-ce pas notre jugement aussi qui le rempli ? Toutes ces notions stoïciennes sont puissantes puisqu'elles forment un tout. Une pensée s'entremêle à une autre et ainsi va la sagesse.
De manière plus commune, lorsqu'il s'agit de la parole, on pourrait dire «tourner sa langue 7 fois avant d'ouvrir la bouche».
Merci, Luc. Et bonne semaine à toi !