Le coût lié à l’acceptation des « fake news ».
- Luc Thibert

- 10 mai
- 2 min de lecture
« En matière d’argent, domaine dans lequel nous avons clairement des intérêts, il existe tout un art où celui qui évalue recourt à de nombreux moyens pour en déterminer la valeur, tout comme nous accordons une grande attention à l’évaluation des éléments susceptibles de nous induire en erreur. Mais quand il s’agit de notre propre principe directeur, nous bâillons et nous nous assoupissons, acceptant n’importe quelle apparence qui nous passe sous les yeux sans en mesurer minutieusement le prix. »— Épictète, Discours, 1.20.8-11
À l’époque de la Grèce antique, les pièces de monnaie étaient beaucoup plus rudimentaires. Les gens devaient prendre le temps de les tester afin de s’assurer de leur authenticité. Le mot grec dokimazein signifie « analyser » ou « éprouver la qualité d’un minerai ». Les marchands, souvent habiles, faisaient résonner les pièces sur une surface dure pour en juger la valeur.

Mais encore aujourd’hui, si quelqu’un vous tend un billet de cent dollars, vous le palpez, vous le regardez à contre-jour — ne serait-ce que pour vérifier qu’il est bien authentique.
Tout cela pour une monnaie pourtant imaginaire, une invention humaine.
La force de cette métaphore réside dans ce contraste : nous faisons preuve d’une grande vigilance pour valider ce qui n’est qu’un outil, alors que nous acceptons parfois sans examen des idées ou des hypothèses qui peuvent, elles, bouleverser notre vie.
Lectures approximatives, désinformation du monde virtuel et de ses réseaux sociaux, manchettes criblées de failles et de demi-vérités : soyons vigilants. Un désert culturel semble se découper à l’horizon. Un dérèglement significatif de notre société dite moderne.
Sans mémoire commune ni crédibilité intellectuelle, où allons-nous ? La force du nombre deviendra-t-elle la norme ? « Si tous ces gens y croient, cela doit bien être vrai ! »
En vérité, toutes les idées mériteraient d’être examinées avec la même rigueur que celle d’un monnayeur. Car, comme le rappelle Épictète, la première tâche du philosophe est d’éprouver les apparences, de les distinguer, et de ne pas agir sur ce qui n’a pas été vérifié avec soin.
Au quotidien, avons-nous réellement pris cette habitude ?
Luc Thibert
Inspiré du Daily Stoic du 8 avril.





Devoir douter. Devoir analyser. Devoir valider. C'est nécessaire, disent les philosophes. C'est triste, aurais-je envie de dire. La naïveté, que j'aime ce sentiment ! Et il est vrai que ce sentiment comporte des risques. De nos jours - et depuis toujours - on surveille encore les cent piastres. Et les gens. Et les écrits. Et les plus hauts dirigeants du monde. Faut-il avoir confiance dans l'humanité pour qu'elle renverse la vapeur de la peur du faux ? Non, je n'ai pas confiance, personnellement.
Les fake news sont là pour rester. D'où qu'elles viennent.
Comment les stoïciens pourraient-ils me consoler ?
Merci Luc. Gros morceau, ce billet-ci. Il m'est venu une petite douleur en le lisant. Un sain découragement.
Bonne semaine…