Du savoir à la sagesse.

« Que me servent ces subtilités de la logique ? Elles ne m'apprennent pas à guérir mes passions, mais à disputer des mots. »
-Sénèque, Lettres à Lucilius
Une histoire, lue quelque part, raconte qu’un étudiant, dans la salle de cours d’Épictète, se vanta d’avoir lu l’intégralité des œuvres de Chrysippe. Rappelons que Chrysippe, malgré son brillant intellect, était l’un des philosophes stoïciens les plus difficiles d’accès, et qu’il le demeure encore aujourd’hui. Esprit profondément cartésien, il était passionné par la logique et les démonstrations. Il aimait également citer longuement les sources antiques et rédiger des textes interminables. On lui attribue un nombre impressionnant de livres et d’essais, bien que la plupart aient été perdus au fil du temps.

Épictète ne fut guère impressionné par l’exploit de son étudiant. Il lui lança plutôt cette petite pointe du tac au tac : « Si Chrysippe n’avait pas écrit de manière aussi obscure, tu n’aurais rien dont tu puisses te vanter. »
En somme, sans vouloir être méchant, Épictète reprochait à Chrysippe de rendre sa pensée difficile d’accès. À ses yeux, c’était là un défaut important pour un auteur qui cherchait à transmettre un message éthique destiné à guider notre vie : celui-ci devait être aussi simple et limpide que possible.
C’est malheureusement une réalité à laquelle nous sommes nous-mêmes confrontés, n’est-ce pas ? Ce serait merveilleux si chaque grand roman était facile à aborder, si chaque philosophie était aisément accessible et si chaque essai pouvait être compris dès la première lecture. Malheureusement, nous le savons tous, ce n’est pas toujours le cas. C’est d’autant plus regrettable que certaines sagesses risquent ainsi de nous échapper, faute d’avoir su les découvrir derrière la complexité des mots.
Nous devons donc apprendre à tirer le meilleur parti de nos lectures. Pour y parvenir, développons nos propres méthodes afin de lire avec davantage de concentration et de réflexion lorsque le texte l’exige. Prenons des notes, arrêtons-nous de temps à autre pour lever les yeux et laisser mûrir les idées dans notre esprit. Apprenons également à choisir les livres susceptibles d’avoir la plus grande influence sur notre vie.
Après tout, si nous voulons nous améliorer, encore faut-il accepter de faire l’effort de réfléchir à ce que nous apprenons. La lecture ne devrait pas seulement nous permettre d’accumuler des connaissances, mais aussi de devenir, peu à peu, de meilleures versions de nous-mêmes.
Un petit effort intellectuel de temps en temps n’a jamais tué personne !
Tiré du Daily Stoic du 9 septembre.
Traduit et adapter par Luc Thibert.





Ah, les chanceux qui peuvent toujours lire !
Mes souffrances et ma médication font en sorte que je ne peux plus lire, moi qui adorait ça. Ma concentration est partie...
Je lis quelques phrases, quelques mots, de temps à autre.
Belle réflexion, encore ! Merci Luc de nous aider à cheminer comme du monde. Je me répète : tes billets m'aident beaucoup. :-)